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Les pouvoirs de la méditation

Les pouvoirs de la méditation
lundi, 23 juillet 2018

 

La méditation connaît aujourd’hui un tel engouement qu’elle n’est pas loin de devenir un phénomène de société. On lui prête de nombreux bienfaits, notamment sur l’équilibre émotionnel et la santé : sa pratique régulière permettrait de diminuer le stress, l’anxiété, la colère et la tendance à la dépression. Elle renforcerait aussi les facultés d’attention, le système immunitaire, ainsi que le bien-être général.

 

« Depuis que je médite, je sens vraiment un changement, confie Isabelle. Dire que ça a changé ma vie serait un peu exagéré, mais je suis tout de même beaucoup plus calme, je prends davantage de recul sur les événements de ma vie et j’arrive à mieux me concentrer au bureau. » Cela fait bientôt deux ans que cette assistante de direction de 35 ans se rend une fois par semaine dans un centre bouddhique parisien pour deux heures de méditation guidée. Une pratique qu’elle essaie de reproduire chez elle, chaque matin pendant vingt minutes. « C’est une vraie discipline, pas toujours facile à mettre en œuvre, mais s’y tenir vaut vraiment le coup », assure-t-elle. La méditation et ses différentes pratiques issues du bouddhisme séduisent aujourd’hui des centaines de milliers de personnes en Occident. Rien qu’en France, on ne compte plus le nombre d’ouvrages et de CD parus ces dernières années sur le sujet. Dans les salles de sport, les entreprises, les hôpitaux ou les écoles, tout le monde s’y met. Une chose est sûre : méditer n’est plus une simple histoire de moines himalayens, de hippies en mal d’exotisme ou d’ermites illuminés.

 

Méditer en entreprise ?

 

C’est bien connu, Google œuvre au bonheur de ses salariés. Comme de nombreuses entreprises américaines qui cherchent à gérer le stress de leurs équipes surmenées, le roi des moteurs de recherche propose, sur son campus de la Silicon Valley, des cours de mindfulness (ou méditation de pleine conscience) ouverts à tous ses employés. Les puristes de la méditation ironisent sur le fait que ce soit précisément le géant d’Internet, source continuelle de sollicitations et d’éparpillements, qui entende donner des leçons en matière de calme mental et d’attention. Pour d’autres, c’est plutôt l’utilisation de la méditation comme outil au service de la performance et de la productivité en entreprise qui pose un sérieux problème d’éthique.

 

Des bienfaits avérés

 

« Dans une société si turbulente, individualiste, avec les transports en commun, le stress au travail et la sollicitation permanente des nouvelles technologies, les gens ont un besoin profond de regard intérieur, constate Elisabeth Drukier, moniale bouddhiste et directrice du centre bouddhique tibétain Kalachakra, à Paris. La méditation permet une meilleure compréhension de ce qui se passe en nous, dans le monde des émotions. Elle nous aide à cultiver des pensées plus positives, plus altruistes, davantage ouvertes sur le monde et sur l’humanité. Les effets sur le bien-être émotionnel sont d’ailleurs avérés : ils ont été démontrés par de nombreuses études. » Des expérimentations scientifiques ont en effet montré que la zone cérébrale associée à la compassion était considérablement plus active chez les personnes qui avaient une longue expérience méditative. Les grands méditants développeraient en outre des facultés de concentration hors du commun. Et ce n’est pas tout : même pratiquée à plus court terme, la méditation a des effets positifs. Des chercheurs de Harvard ont par exemple prouvé qu’une pratique quotidienne pendant seulement quelques semaines agissait positivement sur le fonctionnement de l’amygdale, la zone du cerveau impliquée dans le traitement de la peur, de l’aversion ou de l’anxiété. Grâce à tous ces travaux, on sait aussi que méditer de façon régulière diminue le stress, la tendance à la colère, l’hypertension et qu’elle permet de mieux gérer les douleurs chroniques.

 

En pleine conscience

 

Parmi les différentes pratiques méditatives introduites en Occident par les grands maîtres bouddhistes, comme le Tibétain Chögyam Trungpa, le Birman Goenka ou le Vietnamien Thich Nhat Hanh, celle qui séduit le plus est la méditation dite de pleine conscience (ou « mindfulness »). Dès la fin des années soixante-dix, le docteur Jon Kabat-Zinn, professeur émérite de médecine à l’université du Massachusetts, s’en inspire pour élaborer un programme de gestion de la douleur et de l’anxiété, la Mindfulness based stress reduction (MBSR). Basée sur des techniques de concentration et de respiration empruntées aux moines tibétains, celle-ci s’adresse dans un premier temps aux malades chroniques. Progressivement, des centaines d’hôpitaux à travers le monde se mettent à l’utiliser pour soulager les douleurs postopératoires de leurs patients et celles associées aux maladies graves.

 

Savourer l’instant présent

 

« La méditation de pleine conscience est un entraînement attentionnel à ce qui se passe dans l’instant présent, c’est-à-dire ici et maintenant, moment après moment, sans jugement et sans réaction, explique la psychologue Anne-Céline Milanov, qui anime des groupes de méditation Mindfulness based cognitive therapy (MBCT, une variante de la MBSR développée par un psychologue canadien pour les patients atteints de troubles émotionnels) à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. Il s’agit d’une prise de conscience du corps et du fonctionnement de l’esprit, avec une attention spécifique portée aux pensées et aux émotions, à la façon dont elles naissent et dont elles peuvent complètement nous submerger. » Tout le monde a déjà expérimenté ce type de mécanisme : quand on est déprimé ou anxieux, nous avons tendance à ruminer des pensées négatives et à lutter contre les émotions qui y sont associées. « Or, cela ne fait que renforcer et solidifier les états émotionnels douloureux, poursuit Anne-Céline Milanov. Pratiquer la pleine conscience nous amène à pouvoir accueillir ce qui se passe de manière plus ouverte, en laissant ces pensées être en nous au lieu de chercher à les analyser et à s’en débarrasser. On les laisse s’exprimer en gardant de la distance. Et rapidement, on se rend compte qu’elles ne reflètent pas forcément la réalité. Ce ne sont le plus souvent que des constructions mentales qui n’ont pas beaucoup d’importance. » En somme, il s’agit simplement d’entraîner son esprit à explorer d’autres chemins que ceux habituellement empruntés, pour voir les choses sous un angle différent. Et ça marche ! Une étude récemment publiée dans The Lancet a démontré que la méditation était aussi efficace que les antidépresseurs pour prévenir les rechutes de dépression. Est-elle pour autant le remède à tous les maux du corps et de l’esprit ? Evidemment non. En matière de dépression par exemple, même si elle diminue les risques de rechute, elle ne l’empêche pas. Sans doute la méditation aide-t-elle tout simplement à mieux vivre, à être plus attentif à soi-même et aux autres et à davantage prendre conscience de « la précieuse existence humaine et de tout ce qu’elle apporte, comme le remarque Elisabeth Drukier, autrement dit cette capacité formidable à réfléchir, à observer ses pensées et à s’améliorer dans la bienveillance pour le bien-être de tous ». Se poser, se taire, observer ce qui se passe en soi, apaiser son esprit : la méditation peut aussi être envisagée comme une sorte de discipline hygiénique quotidienne, qui nettoie le mental de toutes les perturbations et de toutes les sollicitations qui nous harcèlent continuellement.

 

Retrouvez ce dossier au complet dans le n°62 de notre revue mutualiste.